
L’air débonnaire, la vielle femme accroupie à la kurde sur un tapis en acrylique, n’a pas de mal à afficher qu’elle a fait couper le "kiki" de sa fille et aussi celui de sa petite fille, qui a aujourd’hui quatorze ans. "Et je ferai aussi couper celui de ta fille!", ajoute-t-elle en riant de bon coeur à l’adresse de l’adolescente. Laquelle lui répond du tac au tac: "Je ne te le permettrait pas, et de toute façon, quand j’aurai des enfants tu seras morte en enterrée".

Soran tourne dans les montagnes de Rania
Cette séquence vous allez la découvrir dans le film de Soran sur l’excision: une pratique encore trop courante dans cette région où le poids de la tradition pèse sur les femmes. Soran sait se faire petit face à toutes ces femmes qu’il filme. Son "personnage", Gulé, a tendance à poser question après question. Le silence est une découverte pour les jeune documentaristes kurde, qui n’en comprennent pas toujours l’utilité, mais ce réalisateur engagé accepte notre suggestion d’être moins bavard. En fin de journée, Soran a appris à laisser véritablement la parole aux femmes, quitte à filmer leur silence.

Le raisin de Ranyia
Le tournage d’un film si grave est fait aussi de moments de détente. Une grappe de raisin à peine cueillie, des mûres, et une perdrix qui, recueillie toute jeune, est devenue l’animal de compagnie de nos hôtes.

Un perdreau adopté

Kirkouk Kola
La vie est âpre dans les montagnes autour de Rania –c’est ici que Hapsa, soupçonnée de tromper son mari, a failli perdre la vie– mais aujourd’hui, en écoutant les récits des vieillards sous la tonnelle, on savoure un moment de douceur, comme si on était soudain en vacances. Je vous l’affirme: ça ne va pas durer!